"Orange mécanique"
- 10 oct. 2016
- 3 min de lecture
De Stanley Kubrick (1972 – 136 minutes)
Avec Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates,…
Je suis un grand fan de Kubrick. Sa manière de bouger sa caméra, son sens perfectionniste du détail, ses choix de musiques grandioses, sa capacité à se renouveler et à changer totalement d'univers à chacun de ses films. Mais pour la première fois, j'ai été déçu par un Kubrick, voici pourquoi...

Evidemment, tout a été dit ou presque pour un film réalisé en 1971. Généralement, quand on pense à "Orange mécanique", on pense immédiatement à sa violence. Sauf qu'en 2016, la violence montrée dans les films a totalement changé, de même que la perception de la violence dans la société en général. Ce n'est donc pas cela qui m'a posé problème.
Il y a d'abord ce parti pris esthétisant, déjà aperçu dans « 2001, l’Odyssée de l’espace » (1968)...On sent que Kubrick était influencé par son époque, notamment les couleurs vives et les ambiances psychédéliques. Les décors sont vraiment délirants et rappellent ceux de la station dans « 2001 ».
L'atmosphère est posée, on est dans le loufoque carnavalesque. La musique planante du synthétiseur des années 70 complète le tableau.

Au rayon réussite du film, il faut ajouter la performance ahurissante de Malcolm McDowell. Du début jusqu’à la fin avec sa façon incroyable de mâcher lorsqu’on le nourrit sur son lit d’hôpital. Performance tellement puissante que, comme souvent dans pareil cas, il ne parviendra jamais à égaler ce niveau durant sa longue carrière qui court encore aujourd'hui à plus de 73 ans.
Ce qui m'a troublé en revanche, c'est le propos désordonné du film. Je n'ai rien contre la violence dans le cinéma si elle fait sens, et contribue au message. Sauf qu'ici, on se demande si Kubrick voulait dénoncer la violence de certains jeunes de l'époque, ou le système familial trop conservateur incapable d'aimer ses enfants et leur prêter suffisamment d'attention. Ou bien voulait-il critiquer l'absurdité d'un système carcéral rigide et confondant les prisonniers avec de vulgaires cobayes de laboratoire ? Ou enfin voulait-il montrer l’absurdité du système politique, avec des politiciens prêts à tout (déjà) pour accéder au pouvoir. Peut-être était-ce tout cela à la fois, auquel cas le film courre trop de lièvres en même temps et finit par se noyer.

Tout est extravagant, excessif. Il ne suffit pas de proposer de l'innovation dans la forme et de s'appeler Kubrick pour automatiquement signer un chef d'oeuvre. On crie peut-etre un peu trop vite au génie parfois juste pour suivre la mode. Entendons-nous bien, Kubrick ÉTAIT un génie, mais il a moins bien utilisé son talent sur cette oeuvre. La forme, certes réussie, prime trop sur le fond. Ce n'est pas parce que c'est malsain, cruel et pervers que c'est forcément cool. Déranger pour déranger ne sert à rien si l'on ne propose rien en alternative selon moi. J'ai lu ici ou là qu'il s'agissait d'une réflexion sur la punition. Mais dans ce cas, que faut-il en conclure ? Que punir ne suffit pas ? Que cela dépend du type de punition, comment elle est appliquée, par qui et dans quel contexte ? La belle affaire ! Avait-on vraiment besoin de l'histoire d'un tel psychopathe incapable de se remettre en cause pour le réaliser ?
Au final, c'est un peu comme ces musées d'art contemporain où l'on peut voir des toiles monochromes: on se dit, ok, la couleur est belle, mais que veut montrer l'artiste ?
Pour "Orange mécanique", Kubrick était certes lié par l'adaptation du roman d'Atnhony Burgess "A clockwork orange" publié en 1962. Mais je cherche toujours à comprendre ce qu'il avait vu d'intéressant dans le roman et qu' il a voulu partager à traver son film...

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